Les actifs du monde réel tokenisés dépassent 39 milliards de dollars, mais deux acteurs dominent le marché

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Le marché des actifs du monde réel tokenisés a fortement progressé en 2026 : leur valeur distribuée est passée d’environ 21,5 milliards de dollars au début de l’année à près de 39 milliards au 9 octobre. Cette hausse d’environ 81 % s’est toutefois concentrée sur un petit nombre de réseaux. Stellar et BNB Chain représenteraient ensemble près de 62 % de la croissance mesurée, plaçant leurs écosystèmes au centre d’un secteur qui cherche encore à élargir ses usages.

La tokenisation consiste à représenter sur une blockchain la propriété ou la valeur d’un actif traditionnel. Il peut s’agir d’obligations, de parts de fonds, d’actions, d’or ou de biens immobiliers. Le jeton numérique est alors associé à un actif sous-jacent et peut être transféré ou échangé au moyen d’infrastructures blockchain, selon les règles prévues pour le produit concerné.

D’après les données suivies par la RWA Foundation, la valeur des actifs distribués dans cette catégorie est passée d’environ 21,5 milliards de dollars au début de 2026 à près de 39 milliards au 9 octobre. La comparaison porte sur des chiffres établis selon une méthodologie similaire et ne comprend pas les stablecoins. Elle donne un aperçu de l’essor des actifs financiers et autres biens représentés sur des réseaux blockchain, sans pour autant mesurer à elle seule les volumes échangés ou l’adoption par l’ensemble des investisseurs.

Une croissance rapide, mais encore concentrée

La hausse observée ne se répartit pas uniformément entre les différents réseaux. Stellar aurait contribué à environ 38 % de l’augmentation suivie, tandis que BNB Chain en aurait représenté près de 24 %. Ensemble, les deux réseaux totaliseraient donc approximativement 62 % de la croissance recensée sur la période.

Cette concentration fait de XLM, le jeton associé à Stellar, et de BNB, celui de l’écosystème Binance, des actifs que les observateurs du secteur peuvent examiner lorsqu’ils s’intéressent à l’expansion des AMR. Elle ne signifie cependant pas que la progression de la tokenisation se traduira automatiquement par une hausse de la valeur de ces cryptomonnaies. La croissance d’un réseau et la performance de son jeton dépendent de facteurs distincts, dont l’usage réel, la demande, les mécanismes économiques et les conditions générales du marché.

La RWA Foundation, organisation à but non lucratif fondée en novembre 2024, travaille à encourager le développement des actifs financiers tokenisés et des infrastructures financières reposant sur la blockchain. Stellar en est membre. La progression de ces réseaux s’inscrit aussi dans une évolution plus large des infrastructures financières, où institutions traditionnelles, entreprises technologiques et acteurs de la cryptomonnaie cherchent à définir de nouveaux moyens d’émettre, d’enregistrer et de transférer des actifs.

Pourquoi Stellar et BNB Chain attirent l’attention

Stellar est souvent mis en avant pour son positionnement dans les paiements et les transferts de valeur. Son écosystème comprend des projets et des institutions associés à la finance traditionnelle, notamment Franklin Templeton, WisdomTree et Ondo Finance. Leur présence illustre l’intérêt de certains gestionnaires d’actifs pour l’émission de produits financiers sur des réseaux blockchain, même si chaque initiative possède ses propres caractéristiques et son propre niveau d’adoption.

BNB Chain, de son côté, bénéficie d’un écosystème étendu et d’une activité importante dans les applications décentralisées. La part de croissance qui lui est attribuée indique que des actifs tokenisés sont également distribués sur ce réseau. Pour les acteurs du marché, la concurrence entre blockchains porte notamment sur la capacité à fournir une infrastructure fiable, des coûts de transaction adaptés, une liquidité suffisante et des outils compatibles avec les exigences des émetteurs.

Les deux réseaux ne sont pas seuls dans cette course. La comparaison des principales infrastructures soutenant les actions tokenisées est également abordée dans cet article consacré aux blockchains mises en avant par Grayscale pour les actions tokenisées. À mesure que les offres se multiplient, la capacité à attirer des émetteurs et à faciliter l’accès des utilisateurs pourrait compter autant que la seule taille de l’écosystème.

De l’obligation traditionnelle au jeton numérique

La tokenisation ne change pas nécessairement la nature économique de l’actif. Une obligation tokenisée, par exemple, reste liée à une valeur mobilière sous-jacente. L’investisseur peut détenir une exposition à cette obligation et recevoir les intérêts prévus, tandis que l’enregistrement et le transfert de la position s’appuient sur une blockchain plutôt que sur les seuls systèmes informatiques habituels d’un intermédiaire financier.

De grandes sociétés de finance traditionnelle s’intéressent déjà à cette approche. BlackRock a notamment participé à la tokenisation de produits liés aux bons du Trésor américain. L’objectif revendiqué par ce type de dispositif est de moderniser certaines étapes de la gestion et de la circulation des actifs. La technologie peut potentiellement faciliter le règlement, la tenue de registre ou le transfert des titres, mais elle ne supprime pas les contraintes juridiques, les risques liés à l’émetteur ni les exigences de conformité.

La progression des AMR s’inscrit dans la transformation plus générale des services financiers numériques. Les changements qui touchent les paiements, la monnaie et les infrastructures sont également examinés dans cet article sur l’impact de la révolution numérique sur la finance. La tokenisation constitue l’un des prolongements de cette évolution : elle applique des outils numériques à des actifs qui, jusqu’ici, étaient principalement administrés par des intermédiaires et des systèmes traditionnels.

Un marché dominé par le rendement, mais des usages encore en développement

Une part importante des actifs du monde réel présents sur la blockchain est détenue pour son rendement. Les produits associés à des obligations ou à des bons du Trésor peuvent ainsi attirer des investisseurs à la recherche d’une exposition génératrice de revenus. À côté de ces instruments, la tokenisation de l’or, des actions et de l’immobilier reste moins développée en matière de volume de transactions, qui se situe encore autour du milliard de dollars pour ces catégories selon les données évoquées.

Cette différence entre la valeur totale distribuée et les volumes échangés est importante. Un actif peut être émis et conservé sur une blockchain sans faire l’objet de transactions fréquentes. La croissance de la valeur tokenisée signale donc une expansion de l’offre ou des positions enregistrées, mais ne prouve pas à elle seule que les marchés concernés disposent déjà d’une liquidité comparable à celle des marchés traditionnels.

Au mois de mai, BNC Research indiquait déjà une accélération de la courbe de croissance. La valeur des actifs réels distribués avait alors atteint environ 31,4 milliards de dollars, contre quelque 21,5 milliards au début de 2026. Selon cette comparaison, le niveau observé était environ cinq fois supérieur à celui du début de 2025. Les données d’octobre prolongent cette tendance, tout en soulignant que le rythme et la répartition de la croissance varient selon les catégories d’actifs et les réseaux.

Les institutions et les infrastructures cherchent leur place

L’intérêt des acteurs financiers ne porte pas uniquement sur les jetons eux-mêmes. Il concerne aussi les infrastructures qui relient les marchés existants aux réseaux blockchain, ainsi que les règles permettant d’assurer la conservation, le règlement et le suivi des titres. La création annoncée d’une passerelle blockchain par la Banque centrale européenne, évoquée dans cet article sur la connexion des marchés financiers par une infrastructure blockchain, illustre l’attention croissante accordée à ces questions par les institutions publiques.

Les courtiers et plateformes cherchent eux aussi à intégrer la blockchain à leurs services. Le projet Robinhood Chain, présenté dans cet article sur l’entrée d’un courtier traditionnel dans l’univers blockchain, montre que cette évolution dépasse les seuls acteurs natifs des cryptomonnaies. L’enjeu consiste notamment à rapprocher les marchés traditionnels des infrastructures numériques, tout en conservant des mécanismes adaptés aux règles financières applicables.

La possibilité de négocier des titres tokenisés sur des places boursières établies fait également partie des pistes explorées. Un article consacré à l’éventuelle arrivée de titres tokenisés sur une bourse américaine décrit l’intérêt croissant pour ce rapprochement entre marchés réglementés et instruments numériques. Une telle évolution dépendrait de la structure des produits, des règles de négociation et des modalités de protection des investisseurs.

Des perspectives liées à l’adoption réelle

En dépassant les 39 milliards de dollars de valeur distribuée, les actifs tokenisés confirment qu’ils occupent une place grandissante dans le secteur des cryptomonnaies et de la finance numérique. La domination de Stellar et de BNB Chain dans la croissance mesurée révèle toutefois un marché encore concentré, où quelques réseaux captent une part significative des nouveaux actifs.

La prochaine étape se jouera notamment dans l’utilisation concrète des produits : fréquence des échanges, accès des investisseurs, intégration aux systèmes de règlement et clarté des droits associés aux jetons. Pour Stellar comme pour BNB Chain, l’enjeu sera de transformer leur avance dans les chiffres de croissance en activité durable auprès des émetteurs et des utilisateurs, alors que les institutions financières et les plateformes développent leurs propres solutions.

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