Une campagne de Solana affichée sur un bâtiment du Bund, à Shanghai, n’aurait été visible que quelques minutes avant d’être retirée. Après que des internautes ont suggéré que les publications de Changpeng « CZ » Zhao avaient attiré l’attention des autorités, le fondateur de Binance a contesté ce lien : selon lui, la publicité avait disparu bien avant qu’il ne la découvre sur X. L’épisode intervient alors qu’un événement Solana a également été reporté dans la ville et que la réglementation chinoise sur les cryptomonnaies reste stricte.
Une campagne remarquée sur le Bund de Shanghai
La publicité de Solana (SOL) avait été installée sur un bâtiment situé dans le quartier du Bund, l’un des endroits les plus connus de Shanghai. Sa présence a rapidement suscité des réactions dans la communauté crypto, car une campagne publique de cette ampleur pouvait être interprétée comme un signe d’assouplissement de la position chinoise à l’égard des actifs numériques.
Cette interprétation s’est toutefois heurtée à la rapidité du retrait. D’après les éléments relayés par CZ, l’affichage aurait été enlevé en moins de dix minutes. Un délai très court, qui contraste avec la visibilité initiale de la campagne et avec l’attention qu’elle a ensuite reçue sur les réseaux sociaux.
La publicité ne constituait pas, à elle seule, une annonce officielle sur la réglementation. Mais dans un pays où les activités liées aux cryptomonnaies sont étroitement encadrées, sa diffusion dans un lieu aussi emblématique pouvait être perçue comme un signal politique ou commercial. C’est cette ambiguïté qui a nourri les échanges en ligne.
Pourquoi le rôle de CZ a été évoqué
Peu avant que la controverse ne prenne de l’ampleur, CZ avait salué l’ouverture d’un nouveau bureau de Solana à Shanghai. Il avait présenté cette implantation comme une initiative encourageante, susceptible d’inspirer d’autres réseaux et projets blockchain. Son message sur X a largement circulé et a dépassé le million de vues.
Certains utilisateurs ont alors avancé que cette prise de parole avait amplifié la visibilité de l’opération publicitaire et attiré l’attention des autorités. Le raisonnement reposait sur la portée importante du post : en relayant les nouvelles de Solana auprès d’un public bien plus large que celui des seuls spécialistes des cryptomonnaies, CZ aurait, selon ces critiques, contribué à mettre la campagne sous les projecteurs.
Le fondateur de Binance a rejeté cette interprétation. Dans une publication ultérieure, il a expliqué que la publicité avait déjà été retirée lorsqu’il en avait entendu parler. Il affirme avoir découvert l’affichage sur X environ douze à vingt-quatre heures après sa disparition, alors que la photo partagée en ligne montrait encore la campagne en place.
Cette chronologie est au cœur de sa réponse : si le retrait est bien intervenu en moins de dix minutes et que CZ n’a vu les images que beaucoup plus tard, son post ne peut pas être à l’origine de la décision initiale. Il a ainsi contesté le lien de cause à effet avancé par certains internautes, sans prétendre connaître les motifs précis des autorités ou des organisateurs.
Un événement Solana reporté dans un contexte réglementaire strict
Des invités empêchés d’entrer
La controverse ne s’est pas limitée à l’affichage sur le Bund. Un événement consacré à Solana, prévu à Shanghai un vendredi, a également été reporté après que les invités ont été maintenus à l’extérieur par des agents. Les informations disponibles ne permettent pas d’établir que le retrait de la publicité et le report de l’événement répondaient à une décision unique, mais leur proximité a renforcé les interrogations sur les possibilités d’organiser des opérations liées à la crypto en Chine continentale.
Pour les acteurs du secteur, cette situation rappelle la différence entre la présence d’une équipe ou d’un bureau dans une ville et l’autorisation d’y mener des activités publiques. Une entreprise blockchain peut conserver une implantation locale tout en rencontrant des restrictions concernant les événements, la promotion ou les services associés aux actifs numériques.
CZ avait décrit l’ouverture du bureau de Solana comme un exemple positif pour d’autres projets. Après le retrait rapide de la publicité et le report de l’événement, il a toutefois nuancé son appréciation, reconnaissant que la Chine n’avait pas encore, semble-t-il, levé ses restrictions sur les cryptomonnaies.
Les règles chinoises sur les cryptomonnaies
La Chine continentale a interdit le trading de cryptomonnaies en 2021, dans le cadre d’un durcissement plus large de la surveillance financière. Les autorités ont également pris des mesures contre différentes activités du secteur, notamment les transactions et les services susceptibles de faciliter la spéculation sur des actifs numériques.
La répression réglementaire s’est encore élargie en février, selon les éléments cités dans le débat autour de Solana, pour inclure l’émission de stablecoins et la tokenisation d’actifs. Ces évolutions rendent particulièrement sensible toute campagne publique susceptible de donner l’impression que les règles ont changé ou que les autorités soutiennent désormais une activité crypto.
La durée extrêmement brève de l’affichage ne prouve pas, à elle seule, quel organisme a demandé son retrait ni pour quel motif. Elle illustre cependant la prudence qui entoure la promotion des cryptomonnaies dans le pays. Une initiative commerciale peut être visible un instant, puis disparaître avant que les entreprises concernées aient le temps d’en expliquer la portée.
Une publicité ne signifie pas un changement de politique
Le risque d’interpréter un signal local comme une ouverture nationale
La campagne de Solana a laissé penser à certains observateurs qu’une évolution était peut-être en cours. Pourtant, une publicité, l’ouverture d’un bureau ou la tenue annoncée d’un événement ne constituent pas nécessairement des preuves d’un changement dans la politique nationale. Les décisions en matière de réglementation restent distinctes des initiatives d’entreprises et des démarches locales.
Cette distinction est importante pour les investisseurs qui suivent les perspectives d’adoption de la blockchain en Chine. Une éventuelle réouverture du marché chinois pourrait avoir des répercussions importantes sur l’industrie mondiale, mais l’épisode de Shanghai ne permet pas d’en déduire qu’elle est imminente. Le retrait express de la campagne suggère plutôt que les activités publiques liées aux cryptos demeurent entourées d’incertitudes.
Certains analystes estiment qu’un assouplissement chinois pourrait contribuer à soutenir un prochain cycle haussier majeur du Bitcoin, en facilitant le retour de capitaux et d’utilisateurs. Cette hypothèse reste toutefois spéculative. La situation observée à Shanghai rappelle qu’un scénario de réouverture ne peut être confirmé par des signaux ponctuels, sans décision réglementaire explicite.
Les évolutions de l’écosystème ne se limitent pas à la question des règles. Les performances techniques et l’activité des réseaux sont également suivies de près, comme le montre l’analyse consacrée à la façon dont Monad entend paralléliser l’EVM pour viser 10 000 transactions par seconde. Ces avancées peuvent attirer développeurs et entreprises, mais elles ne remplacent pas l’autorisation d’opérer dans une juridiction donnée.
Solana poursuit son développement malgré le revers de Shanghai
Une présence locale qui reste à distinguer des activités publiques
Le retrait de la publicité constitue un revers pour la visibilité de Solana en Chine, mais ne signifie pas nécessairement que le projet abandonne sa présence à Shanghai. CZ a indiqué que le bureau local restait en place, tout en reconnaissant que la situation réglementaire n’équivalait pas à une autorisation générale des activités crypto.
Le cas de Solana met en évidence une tension fréquente dans le secteur : les équipes cherchent à attirer des développeurs et à soutenir l’adoption de leurs réseaux, tandis que les autorités peuvent limiter la promotion publique ou les services financiers reposant sur des actifs numériques. La présence d’un bureau peut donc coexister avec des contraintes fortes sur les événements et les campagnes destinées au grand public.
Solana est souvent présentée comme une blockchain souhaitant concurrencer des réseaux établis grâce à ses caractéristiques techniques et à son écosystème d’applications. Une présentation de ses ambitions face à Ethereum et Bitcoin dans l’univers des cryptomonnaies permet de replacer cette stratégie dans une compétition plus large entre protocoles.
Cette concurrence évolue avec le niveau d’activité des différentes chaînes. Les comparaisons entre réseaux peuvent changer selon les périodes et les indicateurs retenus, qu’il s’agisse du nombre de transactions, des utilisateurs ou des applications. Un article sur la progression d’Internet Computer face à Solana et BNB Chain en matière d’activité mensuelle illustre la manière dont les positions des blockchains se redessinent au fil du temps.
Les enjeux plus larges de la visibilité blockchain
Promotion, adoption et surveillance
Pour les projets blockchain, la publicité et les événements sont des moyens de présenter une technologie, de rencontrer des développeurs et de développer une communauté. Mais la visibilité peut aussi attirer l’attention des régulateurs, particulièrement lorsque les campagnes peuvent être comprises comme une promotion de produits financiers ou comme le signe d’un changement de politique publique.
La prudence ne concerne pas uniquement les campagnes commerciales. La blockchain peut aussi être utilisée de manière malveillante, notamment pour dissimuler certains éléments d’une activité numérique. Les enjeux de surveillance et de sécurité sont abordés dans ce dossier sur un botnet qui exploite la blockchain pour masquer ses traces. Ces usages contribuent à expliquer pourquoi les autorités examinent de près les applications de cette technologie.
Dans le même temps, l’intérêt institutionnel pour les cryptomonnaies et les produits associés progresse dans plusieurs marchés. L’activité des fonds négociés en bourse liés aux cryptoactifs, ainsi que ses effets sur les flux et les comportements des investisseurs, est examinée dans cette analyse sur l’essor de l’hyperactivité dans les FNB de cryptoactifs. Ces dynamiques internationales ne signifient toutefois pas que les restrictions chinoises ont été levées.
CZ a, pour sa part, déclaré soutenir les progrès portés par l’ensemble des réseaux, de Bitcoin et BNB à XRP et Solana. Cette position s’inscrit dans son expérience du secteur : Binance a été lancé en Chine en 2017, avant que l’évolution des règles sur les ventes de tokens ne pousse la plateforme à déplacer ses activités à l’étranger.
En encourageant les développeurs à poursuivre leurs efforts d’adoption, CZ présente les avancées locales comme des étapes utiles pour l’industrie, même lorsqu’elles restent limitées. Dans le cas de Shanghai, la question centrale demeure celle de la différence entre une initiative portée par un projet blockchain et une évolution officielle des règles encadrant les cryptomonnaies.







