Une vaste enquête a mis en lumière le rôle prépondérant de TikTok dans la diffusion de fausses informations, montrant que près d’un contenu sur cinq partagé sur cette plateforme est trompeur ou erroné. Cette étude, qui a analysé les pratiques de plusieurs réseaux sociaux, met en exergue les défis auxquels sont confrontés les utilisateurs en matière d’information fiable.
Récemment publiée par Science Feedback et financée par le Fond européen pour les Médias et l’Information, cette analyse a évalué la présence de contenus trompeurs sur six grandes plateformes : TikTok, Facebook, Instagram, X, YouTube et LinkedIn. Les résultats sont alarmants : près de 20 % des publications sur TikTok contiennent des informations infondées.
Comparaison avec d’autres plateformes
La situation sur TikTok est particulièrement préoccupante comparée à d’autres réseaux. Facebook affiche un taux de fausses informations de 13 %, tandis que X en recense 11 %. YouTube et Instagram se situent autour de 8 %, et LinkedIn se révèle en retrait avec seulement 2 %. Cette disparité souligne une prime à la désinformation sur TikTok, attirant une audience souvent vulnérable aux arnaques et aux mythes.
Contenus abusifs et ordinaire désinformation
Au-delà des contenus clairement trompeurs, l’étude a aussi examiné les publications qui flouent les lignes de la vérité, telles que les discours haineux ou les contenus tendancieux. Sur TikTok, ces contenus représentent environ un tiers des publications, atteignant des scores de 34 % pour les contenus abusifs, tandis que 32 % des contenus sur X affichent une nature similaire. Les autres plateformes, comme Facebook et Instagram, enregistrent également des pourcentages notables mais inférieurs.
Amplification par les algorithmes
Un des points les plus alarmants de cette étude concerne l’effet des algorithmes de recommandation. Les recherches révèlent que les comptes qui propagent régulièrement des fausses informations acquièrent plus d’engagement que ceux partageant des contenus vérifiés. En effet, sur YouTube et Facebook, ces comptes attirent sept à huit fois plus d’interactions, soulevant ainsi des inquiétudes quant à la responsabilité des plateformes face à la modération de leurs contenus.
LinkedIn : une exception dans le paysage numérique
En contraste avec les autres réseaux, LinkedIn apparaît comme une exception notable. Cette plateforme montre une modération efficace des contenus trompeurs, où seulement 2 % des publications sont jugées non crédibles. Les résultats suggèrent qu’il est possible de créer des systèmes de distribution de contenu qui ne favorisent pas la désinformation, jetant ainsi un éclairage sur les mesures que pourraient adopter d’autres plateformes pour mieux gérer cette problématique.
Monétisation des contenus trompeurs
Une autre grande révélation de cette étude porte sur la monétisation. Il s’avère qu’aucune des plateformes étudiées ne bloque l’accès à la publicité pour les comptes qui diffusent des informations non vérifiées. Sur YouTube, 76 % des chaînes classées comme ayant une faible crédibilité sont toujours éligibles à des revenus publicitaires, ce qui soulève des questions sur l’intégrité des modèles économiques de ces réseaux sociaux. Cela facilite la propagation de la désinformation, car ces acteurs sont souvent présents sur plusieurs plateformes, renforçant la diffusion de leurs contenus.
Méthodologie de l’étude
Les résultats présentés dans le rapport proviennent d’une analyse approfondie de 2,6 millions de publications, totalisant près de 24 milliards de vues, effectuée entre mars et avril 2025. Les chercheurs ont ciblé cinq thèmes d’importance publique : la guerre en Ukraine, le climat, la santé, l’immigration et la politique nationale, afin de réaliser une évaluation précise des contenus partagés. Ils ont ensuite fait appel à des fact-checkers professionnels pour garantir l’objectivité des données recueillies.
Dans ce contexte où la déchirure de la vérité est omniprésente, il est essentiel pour les utilisateurs des réseaux sociaux, notamment de TikTok, de développer un sens critique face aux contenus qu’ils consomment. Ainsi, des initiatives visant à éduquer le public sur la désinformation pourraient devenir cruciales pour la santé du débat public à l’ère numérique.







